La France révolutionnaire, le Progrès et le Mariage pour Tous

« La Révolution est comme une bicyclette: quand elle n’avance pas , elle tombe! »

Hier, ce fut comme une illumination. Cette petite phrase tirée du film Rabbi Jacob, film de tolérance s’il en est, m’a trotté dans la tête une bonne partie de la journée. Soudain, je me suis dit: « Bon sang, mais c’est bien sûr! » Il est des situations que l’on côtoie en permanence mais qu’une simple phrase permet de décrypter plus sûrement que des heures de réflexion. Il en est ainsi pour notre France.

La France dans laquelle nous vivons aujourd’hui, la France de monsieur Hollande, de madame Vallaud-Belkacem et de monsieur Peillon, cette France dite « moderne » est en réalité une France révolutionnaire. Notre République française vieille de deux siècles, baptisée dans le sang de ceux qui s’opposaient à son règne despotique, est à la racine de notre société. Nous subissons encore les conséquences de 1789, de 1848 et de 1870. La violence de ces mouvements populaires irrigue encore nos moeurs notamment politiques. Mais cette violence est désormais bien moins physique que morale et psychologique. Elle s’adresse bien plus aux esprits qu’aux corps, car elle est anathème et police de la pensée, novlangue et rééducation, lavage de cerveau et déconstruction anthropologique. Bien loin de l’idéal de liberté par l’égal accès la culture et à l’éducation,  nous en sommes venus à déconsidérer le libre-arbitre et la liberté de pensée au nom de la tolérance. Mais cette tolérance d’Etat a été vidée de toute référence à la vérité, la seule vérité étant désormais la vérité édictée par les organes officiels révolutionnaires, au grand dam du Peuple souverain.

Individualisme est tolérance. Lobby est Etat... La liste serait longue. Je m'arrête là.

Individualisme est tolérance. Lobby est Etat… La liste serait longue. Je m’arrête là.

« Si le Peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le Peuple », disait Bertold Brecht. Voilà ce que nos élus actuels appellent de leurs voeux, ce qui se murmure dans les couloirs des Ministères, ce contre quoi se dresse une frange de la population française. Car nos dirigeants se tiennent toujours dans cette posture et cette démarche révolutionnaires. Mais en quoi cela consiste t-il? Tout leur système de pensée sous-tend la notion de Progrès. Le Progrès, tel qu’ils l’entendent, suppose un sens de l’Histoire (expression souvent entendue dans la bouche des élus socialistes ces derniers temps) qui tendrait inexorablement vers un Progrès inéluctable, progrès technique qui entraînerait dans son sillage le bonheur des peuples, ou plutôt son contentement béat et quasi léthargique. Si nous déroulons l’écheveau de cette logique, tout changement est bon parce que changement (donc avancée vers le Progrès), et non parce que subordonné au Bien Commun ou à un Intérêt général plus démocratique (il ne nécessite que l’assentiment de la majorité). Le changement, dans la perspective révolutionnaire, c’est donc toujours maintenant. Et demain changera ce que nous faisons aujourd’hui. C’est le Progrès!

Le Progrès et la société apaisée selon Charlie Chaplin. Le bonheur des peuples?

Le Progrès et la société apaisée selon Charlie Chaplin. Le bonheur des peuples?

Voilà comment nous en sommes arrivés à promouvoir et à voter le Mariage pour Tous le mal-nommé. L’institution du mariage était en effet le seul résidu, le seul noyau de résistance au Progrès. Elle résistait encore et toujours depuis des milliers d’années, malgré les tentatives de destruction. On avait essayé le divorce, pour supprimer la volonté et la fidélité, puis on lui avait donné le PACS pour le concurrencer, et bien d’autres petits accrocs, systèmes d’adultères légaux et modernes. L’avortement  et la pilule eux-mêmes participaient à cet effort, dissociant la procréation de l’acte sexuel et l’acte sexuel du mariage. Mais tous ces artifices n’ont pu venir à bout du mariage pourtant présenté comme moribond. Il était grand temps de donner le coup de grâce en vidant de son sens cet héritage encombrant d’un passé que l’on voulait révolu car non révolutionné.

Le mariage, dernière institution pérenne, dernier symbole réactionnaire et non passé au crible de la Révolution et du Progrès enfin assujetti! Vive le Mariage pour Tous!

Le mariage, dernière institution pérenne, dernier symbole réactionnaire et non passé au crible de la Révolution et du Progrès enfin assujetti! Vive le Mariage pour Tous!

Grâce à ce nouveau pas (en avant ou en arrière, selon le point de vue assujetti au Progrès ou non), la Révolution est sauvée, et la fuite en avant peut continuer. Mieux! La plus vieille institution du monde ainsi banalisée, désacralisée et rabaissée au rang de simple contrat soumis aux aléas d’un sentiment expire. L’humanité est enfin libérée de tout joug ancestral. La jeunesse a rompu les dernières racines qui la reliaient au monde. Elle a cloué les vieux et son Histoire au pilori et a de ce fait coupé les amarres qui la retenait à la rive. Elle peut ainsi dériver tranquillement au fil des courants contraires, comme une vulgaire coque de noix sans vie, sans gouvernail et sans but. Victoire!

Vers le Meilleur des mondes?

Vers le Meilleur des mondes, coupés de nos racines ancestrales et livrés au caprices des vents et des courants.

Devrons-nous abandonner la République pour retrouver enfin ses glorieux acquis de liberté, d’égalité et de fraternité? L’Histoire seule pourra répondre à cette question. Mais il est temps de quitter la Révolution!

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