Découvrir la France: éloge des tortillards

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J’ai dernièrement du prendre le train qui, traversant la France, relie Lyon à Tours en empruntant le chemin des écoliers. Loin des grandes lignes à grande vitesse où les paysages défilent si vite que personne n’a le temps de les apprécier, dans ce tortillard, j’ai pénétré dans le coeur même de la France. J’ai longé des cours d’eau paresseux, plongé dans le calme de petites villes de provinces enfouie dans leur histoire et redécouvert des charmes que nous ont escamotés les autoroutes, les TGV ou les avions.

Bien sûr, dans notre monde, tout vit à 100 à l’heure. Vit? Je ne suis même pas sûr. Tout va de plus en plus vite, sans que les personnes puissent encore savourer l’instant présent. Bref, notre monde attend le jour béni où il ne sera plus retenu par les contingences insupportables de son corps,. Au programme, ubiquité et transmission de pensée à plusieurs milliers de kilomètres grâce aux progrès technologiques… Mais en courant ainsi sans arrêt, à sauter de TGV en taxi express, nous passons à côté de bien des trésors de notre patrimoine! Nous repoussons la réalité dans des frontières ténues d’un imaginaire diaphane qui s’estompe peu à peu et nous croyons avoir rêvé. Nous ne connaissons plus la France sinon par quelques monuments dûment photographiés et répertoriés dans des guides ad hoc. Nous n’en contemplons plus que les fauteuils des véhicules que nous utilisons, les murs gris de nos villes, nos stations de ski ou nos stations balnéaires. Tristes perspectives.

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Mais qui d’entres nous connaît ce charmant château Renaissance niché sur son île, inaccessible autrement qu’en bateau? Qui s’est émerveillé à voir cette gare d’une petite ville de province protégée par une armature rouillée, mais évocatrice de sa splendeur passée du début du XXe siècle? Qui a suivi des yeux ce cours d’eau sorti de son lit pour venir lécher les bords de la voie ferrée? Qui a contemplé cette France des terroirs, cette France de la vie, cette France-tortue qui avance malgré les sarcasmes de la France-lièvre?

Même parmi mes compagnons de voyages, ceux qui ont emprunté ce train plutôt qu’un rapide, rares sont ceux qui ont eu cette disposition d’esprit. Et parmi ceux qui ont jeté un regard par le fenêtre, combien ont admiré ce qu’ils voyaient. La majorité avait les yeux rivés sur son écran, de téléphone, d’ordinateur, de console. Quelques uns étaient plongés dans un livre. D’autres discutaient. Mais pour aucun d’entre eux, le silence de la contemplation ne faisait partie de leur quotidien. Les rares regards lancés au paysage ne l’étaient que distraitement, pour savoir où on en était du voyage. Même pour ceux qui empruntaient ce parcours champêtre et bucolique, être attentif à son environnement n’était pas naturel et beaucoup étaient prisonniers de leur vie de France-lièvre.

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Voilà pourquoi je voulais faire l’éloge de ces tortillards de plus en plus rares qui sillonnent encore nos campagnes. Ils disparaissent et entraînent dans leur disparition nos paysages, nos souvenirs et les belles images de notre pays. La richesse de notre pays vient de ses paysages, de ses habitants et de leur travail sur leur environnement. Elle vient de la diversité de ses architectures et de ses cultures. Elles vient des hommes, mais les hommes l’oublient et la délaissent. A nous de savoir la redécouvrir avec des yeux d’étrangers. « Bois de chênes et tournesols, prés verdoyants et vignobles, la France est un rêve merveilleux » nous rappelle William Boyd, artiste britannique. Sachons nous souvenir de sa beauté!

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